Venezuela Travelogue FR

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Merida, Venezuela - visited in June 2007

Voila notre 3eme nuit passée dans cette hôtel minable que le propriétaire on ne peut plus créative a prénommé Hôtel Italia. Une vingtaine de chambre pour quelques milliers de cafards. Une 40taine de lit pour autant de ressorts. Notre dos ne tient qu’a un fil de fer rouillé et tordu. Le seul avantage de cette torture est de mériter un massage au réveil. Comme décoration sur les murs verts et « blanc », on retrouve des souvenirs des anciens locataires tous adepte d’une étrange manie à s’essuyer les mains la ou ils peuvent.

Pour le réveil – évidemment on est déjà réveillé car pas possible de dormir – c'est Don Gonzalo, le charmant proprio qui nous fait une démonstration de crachat dans la douche. On entend plus son chant dégoutant que les minces filets d’eau qui coule tremblant de l’arrosoir.

Il fait encore nuit dehors, mon ordi affiche 5h28. Je le crois. Il parait qu'il a souvent raison. C'est ainsi avec bonne humeur que mes yeux s’ouvrent une onzième fois cette nuit. Ceci sans compter la demi douzaine de fois que j'ai du me lever, mettre mes tongues, monter les escaliers en extrême nécessité pour aller faire pipi. Nous sommes en haute altitude et donc pour éviter des maux de tête calamiteux, nous sommes obligés d’inonder notre corps d’eau a longueur de journée. Heureusement, nous avons aussi le bonheur de gouter au jus de fruit tropical. J'ai encore des filets de mangues dans la bouche. J'ai encore lavé mes dents comme un gamin de sept ans…. mais hier soir on s’est délecté d’une délicieuse salade de fruit de goyave, mangue, fruit de la passion, guanabana, kambur. Un mélange exquis ensevelit d’un jus divin appelé ici « Tizane ».

Hier, je n’ai pu résister a aller rendre visite a mon ami portugais, le fou créative de Coromoto. Il est dans le livre Guinness des Records… plus de 900 parfums de glace a son actif. Tous plus mauvaise les unes que les autres. J’y suis aller il y a 7 ans, et je me devais de lui donner une seconde chance. Son imagination est bel et bien toujours en éveil et il m’a surpris avec des glaces au poivrons, spaghetti bolo, ou a l’ail. Cependant je me suis laissé séduire malencontreusement par les parfums de calamars, basilic et de goyave. Pas très bon en texture ni en gout malencontreusement.

Heureusement un joyeux monsieur qui vend des jus de fruit nous a sauvé et nous a offert notre Tizane. On en a profité pour discuter un peu avec lui sur le Chavisme, sujet sur toutes les langues de vipère des vénézuéliens. C'est le début de la Copa America dans quelques jours et el « loco » - comme on l’appelle ici – a acheté toutes les places de Tous les matches de foot a l'avance. Il les a gracieusement offert à ses supporters et a quelques braves boliviens à qui il a payé aussi le voyage jusqu'a sa terre promise. Il espère ainsi éviter ainsi l’humiliation des sifflements dans les stades. Il rêve encore selon notre ami Tizanier. Moins de 20% des vénézuéliens supportent encore son gouvernement corrompu à l’ extrême, selon lui. Une vrai crapule bien naïve avec cependant quelques bonnes intentions pour se donner bonne conscience.

Pour une fois, le but ce long détour dans les Andes vénézuéliennes n'était pas la visite d’une école. J'étais venu il y a sept ans dans cette région frappé durement par monsieur météo. J’y avais fait la rencontre d’une petite fille dans un petit village perdu dans les montagnes. Seul une petite vingtaine de maisonnettes avait eu le courage de s’y installer. C’était la fille aux yeux d’émeraude. Ma mémoire ne se souvenait plus de son prénom et même pas celui de ce petit village qui ne se retrouve sur quasi aucune carte. Seul la lettre « G » éveillait en moi un souvenir. Ce G magique était la première lettre de ce village. J'ai donc cherché sur internet tous les villages commençant avec un G magique dans la région… en vain. J'ai scruté les cartes du routard et du lonely planet, ainsi qu’une carte du Michelin avant mon départ…. Rien non plus…

C'est donc avec son unique photo que je partis à sa recherche. Un dernier souvenir me mis la puce a l’oreille. Il y a sept ans, je me souvins que je passais par un autre village un peu plus grand qui devait se trouver a une 20 de kilomètres de marche de G. Il s'appelait San Raphael. Je m’y dirige après 2 bonnes heures enfermé dans une camionnette me gelant déjà les mains. Ca y est je retrouve le nom de mon village … il s’appelle bien G. Je préfère lui garder ce nom la afin d’éviter des curieux lui déranger son quotidien. 7 ans plus tard il existe une pauvre route vers G. L’électricité y a fait son chemin. Quelques nouvelles maisons s’y sont installées étrangement aussi. Le village a crée une coopérative il y a 2-3 ans et se sont fait offrir par Chavez une camionnette afin de faciliter le déplacement des villageois. Mes petits anges gardien me mettent en moins de 5 minutes sur les traces du chauffeur de la fourgonnette. Il a les joues d’un rouge giflé par le vent et le froid quotidien. Il porte un chapeau de paille le protégeant a peine de la météo capricieuse. Son sourire révèle ses dents manquantes, mais il garde son gentil charme de bon père de famille. Il a les yeux d’un éclat bleu de l’Ocean Pacifique. C'est certain il vient de G. Je lui montre instantanément la photo des yeux d’émeraude. Il me dévoile a nouveau gracieusement ses dents absentes et me déclare « je la connais. Tout le monde la connais a G. Elle a bien grandit depuis cette photo. Elle sera surement ravi de vous voir ». C'est ainsi que comme deux excités nous montons dans la camionnette et empruntons ce chemin de hautes collines. Nous croisons vaches et moutons valeureux et quelque paysans qui essaye de faire pousser ail et pomme de terre. Une rivière glacée traverse le beau village égaré de G. Il nous dépose devant la maison des yeux d’émeraude. Sa tante nous ouvre la porte. Elle se tient a une centaine de mètre dans les collines et nous observe curieusement. Une casquette rouge lui couvre le visage et masque son regard. Elle descend doucement des collines avec sa sœur pour connaitre l’étrange visiteur. Je lui explique brièvement notre périple et l’objet de notre visite de son village oublie de G. Elle réfléchit brièvement. Elle baisse la tête, déçu de ne pas se souvenir. Elle n’avait que 5 ans a l’époque, peut être un peu plus, peut être un peu moins. Elle sourit timidement, très timidement et est troublé de se voir si petite sur la photo. Aujourd'hui, elle a su garder ses mêmes yeux d’éclat d’émeraude. Ses mains sont plus gersé encore par l’âge et le froid. Seuls ses cheveux ont perdu son blé doré pour un fade brun des montagnes. Je lui parle de ma visite il y a sept ans, des souvenirs qu’elle m’a laissé a l’époque. Trop intimidée par cette conversation brusque, c'est sa tante qui prend la parole et nous raconte l’histoire de la petite famille. Ensuite, je lui tends l’appareil photo et je lui dis que c'est aujourd'hui son tour de prendre des photos. Sourire aux lèvres, yeux qui pétille, elle s’amuse a mitrailler tout ce qu’elle voit. Mal a l’aise par le poids de l’appareil, elle le tend a sa sœur qui s’amuse tout autant. Toute la famille est sera immortalise par ses petit doigt blesse par le froid. On nous offre ensuite un petit café pour nous réchauffer et nous protéger d’un nuage menaçant. On partage quelques chips de banane que j’avais apporté. Je distingue une première fois le son de sa voix qui me dit merci. Ca toujours été ses yeux qui ont été le plus bavard. Il y a sept ans je ne parlais pas espagnol non plus et donc c'était aussi notre façon de nous causer. C'est aussi avec un peu de tristesse que j'ai du rebrousser chemin vers des contrées plus clémentes avant la tombe de la nuit. J’aurais tant aime pouvoir passer plus de temps avec elle, lui poser des milliards de question qui me passent par la tête à l’ instant, me balader dans les collines avec elle. J'espère que je n’attendrai pas 7 nouvelles années pour faire le voyage. Elle sera surement femme a ce moment la. Des enfants avec ses yeux joueront au village comme il y a sept ans.

C'est drole tout de même d’imaginer que j'ai du voir des milliers de visage en 7 ans mais c'est le sien que je me souviens. Elle a du en voir surement moins d’une centaine en 7 ans et elle a oublie.

Anthony
Merida, 24 juin 2007


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