Au départ de Minsk, Belarus (link to travelogue in Belarus), je prends le train vers l’Ukraine. Je retrouve mon wagon et mon compartiment assez facilement grâce à l’aide de Milla et Natasha qui m’accompagnent et me prêtent leurs yeux et leurs mots biélorusses pour m’orienter…. Elles m’accompagnent jusque dans mon compartiment. Je leur demande de m’écrire quelques mot en russe et en biélorusse afin de passer plus facilement la douane: « j'ai beaucoup aimé être touriste dans votre pays », « C'est sûr, je reviendrai », « J'ai de la chance, je n'ai pas besoin de visa pour l’Ukraine en tant que belge». « Voulez-vous goûter un peu de pain », « je n'ai que des affaires personnelles et des vêtements »…. Phrases qui se sont avérées bien utiles à la frontière. A mes côtés, un ukrainien d’un petit 200 kg fait le voyage jusqu'à Prague. On tente un mini-dialogue de sourd au cours du voyage mais sans trop de succès. Les mains et les pieds ont un vocabulaire trop limité pour nous deux. Cependant, on a du se débarrasser à deux d’un autre ukrainien bourré dans le train, qui n'arrêtait pas de nous rendre visite pour partager sa bouteille de Martini et de vodka russe. Cependant, il a quand même fini par s’écrouler devant nous et devenir agressif. Malgré les 200kgs de mon voisin nous ne réussissons pas à le sortir…. Mais le résultat est plutôt désastreux pour le reste du voyage. La moitié de la bouteille de vodka tombe à nos pieds et il commence à vomir à quelques cm de nous…. Je ne vous raconte pas les odeurs pour la fin du voyage. Le comble est que ce charmant passager d'une 40taine d’années voyage en compagnie de sa mère, qui ne sait plus trop que faire de ce fils encombrant, et nous demande timidement de le pardonner, mais sans plus nettoyer les dégâts causés par son gamin…. Ca me prend bien quelques heures avant de fermer les yeux et de m'endormir…. Pourtant, dès que j’y parviens, le cauchemar de la douane me réveille. Avec une tenue à la mode soviétique et un regard d’officier pourri africain, il me demande mes papiers. Etant le seul étranger du train, je suis une aubaine pour eux. Il appelle donc son collègue et entre eux, se demandent combien ils pourront m’extorquer. Heureusement que j'ai mes petits papiers, que je leur montre un à un. Ils ont l’air amusé, et je devine même un semblant de sourire se dessiner sur les lèvres de l’un deux. L’autre lui dit quelque chose en biélorusse, que j’interprète par un « laisse le tranquille, il est sympa » ou « je me tire, ca pue trop ici » ou bien les deux. Ouf, je suis sauvé !
Et dans un froid polaire, je reprends ma douce nuit. J'ai 2 gros pulls pour me réchauffer, mais ce n'est pas suffisant. J’enfile 3-4 t-shirts de plus les uns sur les autres et puis je m’endors d’un œil…. Je dois veiller à ne pas rater ma station sous peine de me retrouver en Pologne… A 5h23, j'arrive enfin à la station de Lvov. Je me refugie dans le café de la gare prêt du chauffage. J'ai de la chance…. Il y a une banque ouverte 24h/24 – ce n'est pas en Belgique qu'on verra cela – qui me permet de faire un peu de monnaie… je prends un thé et j’attends paisiblement que le soleil se lève…
Heureusement que la visite de l’école est reportée au lendemain, car je n’aurais pas eu l’air bien frais dans la salle de classe ! Une bonne petite journée de repos me fera du bien. Je me laisse tenter par les délices locaux…. Le caviar se mange ici comme du filet américain chez nous. Je prends donc un sandwich preparé …mmmm… quel délice…. Je me suis même fait offrir un verre de vin chilien par un …. Authentique Chilien qui a épousé une ukrainienne et qui est venu vivre ici à Lvov en famille….. Il a ouvert son petit resto de fruits de mer… quel bonheur de parler un peu espagnol plutôt qu’ un russe incertain avec les mains… Il me raconte un peu son histoire, moi la mienne, et on se partage une bonne bouteille de Cabernet Sauvignon….. Une journée qui finit bien somme toute ;-).
Ma visite de l’école se passe à nouveau à merveille. L’école reste ouverte malgré la petite révolution Bleue en place. Après la visite, me voila rapidement refugié dans la chaine lithuanienne de pizzas Cili Pica où on mange d’assez bonnes pizza pour la région. Un petit ange m’ouvre la porte sous une pluie battante alors que dans la rue les heurts politiques font rage…. Des milliers de créatures déguisées en bleu affrontent d’autres mortel travestis d’orange pour l’occasion. Loin des émeutes que la Révolution Orange avait provoqués en 2004, ceci ressemble plus à un cirque organisé et payant. Chaque partie – Bleu comme Orange – paient ses figurants de quelques amuse- gueules – quelques bonnes bouteilles de vodka – pour qu'ils affrontent leur adversaire de la meilleure façon. Au plus on est, au mieux ce sera à la télé, entend-on. Certains n’hésitent pas à changer de camp quand la vodka est finie pour en recevoir à nouveau. Tristes scènes quotidiennes depuis deux semaines…. Et comme la nouvelle se répand vite dans le reste du pays, les autres 45 millions habitants de ruraux affluent comme des fourmis. Les places de train sont donc chères et dangereuses….
Je me demande combien de temps ce cirque va encore durer ? Jusqu'à épuisement des stocks ? hmmmm … ca risque de durer longtemps alors…
Retour dans le train…. J'aime bien me faire bercer par son mouvement de balancier … une belle couchette, un mini matelas, un gros coussin et une moldave d’une quarantaine d’années aux yeux rougis de tristesse m’accompagnent dans ce voyage de 16h vers la Moldavie. J’admire les paysages ondulés des petites fermes oubliées de notre temps. On arrive bientôt à la frontière. Je la crains un peu, car cette frontière entre la Transnistrie et la Moldavie est surnommée la frontière de toutes les terreurs. Je peux finalement négocier mon passage grâce a mon expérience des frontières africaines. Ici encore, j’ai mes petits papiers écrits en russe faire tenter de décrisper les douanier. Je m’en sort avec moins de 1 USD en « frais de passage », mais je ne reçois pas non plus de cadeau de leur part… c'est-à-dire pas de cachet…. sûrement pour me dire: « on te laisse entrer dans le pays…. Mais tu vas t’amuser pour en sortir »… Ici la casquette des Nations Unies ou de l’Unicef ne me sert à rien, car ils ont une dent contre ses bureaucrates qui ne veulent pas en reconnaître le gouvernement. Ce no man’s land a pourtant son président –dictateur of course – sa monnaie, sa poste, sa constitution, et 650,000 habitants. Des anciens soviets qui regrettent leur grand frère russe et qui veulent faire cavalier seul. Un vrai musée de la « belle époque » à ciel ouvert. Curieusement, une grande proportion de sectes judaïques qui y on fait leur nid. Malheureusement, les enfants moldaves me réclament et je n’ai donc pas le loisir de visiter la Transnistrie.