Art Section
Start Page Shop Donate

Sudan Travelogue

Untitled document
Print This Page
Sudan - visité en juin 2008


Une bonne salsa me caresse les oreilles et me voila relancé pour rédiger mes derniers écrits…. Je viens de terminer notre 54eme et dernier pays africains de notre long périple. Après 2,5 ans et 4 voyages nous avons marché sur les 54 nations du continent. Ca fait peu quand on le compare a la richesse de cultures, traditions et drames humaines. Le dernier de ces pays était le Soudan, loin d’être le plus facile ou même le plus accueillant. Tout est mis en place pour qu'on y entre difficilement et aussi pour qu'on ne veuille plus y retourner.

Obtenir son visa est le parcours du combattant. Le plus facile est d’obtenir un visa de touriste qui n’existe pas encore dans leur langage… les autres types de visa, on avait déjà fait une croix dessus après que l’Unicef – faute d’obtenir des autorisations gouvernementales – nous a diplomatiquement laissé tomber. Je me résolu donc à dire que j’étais un féru des pyramides, un passionné de ces pierres ancestrales placées les unes sur les autres. A l’entrée du pays, on m’a bien rétorqué que si je ne suis pas archéologue (et je n'ai pas de permis le prouvant, ni les moyens de me payer un permis aux corrompus du gouvernement local), je n’ai qu’a aller en Egypte. Les pyramides y sont plus grandes, plus belles, plus vieilles… Tête de mule, j'ai beau argumenter que je les avais déjà vu, et le « charmant » douanier me laisse sagement entrer dans son domaine, le plus grand d’Afrique.

Je suis accueilli par 48 degrés à l’ombre. L’air chaud me prend à la gorge. Je sens un petit malaise se propager…. Je me précipite vers un bureau de change, suant comme un zébu, avec mes pauvres 20 Euros (les billets de 50 n’étant pas acceptés). J'ai curieusement assez rapidement des Sudanese Pound en poche. De l’eau de l’eau…. Pour un pound, on boit ½ litres d’eau. Pur bonheur, l’eau est froide et rafraichissante. Je ne sais pas encore que ce sera la dernière fois que j’aurais le loisir de gouter à ce bonheur. Les 6 prochains litres d’eau que j’avalerais telle un médicament sera chaud ou même très chaud, faute d’électricité sur presque tous les 4,5 millions d’habitants de Khartoum. Je me surprends aussi le soir à me rendre compte que je n'ai pas été me vider au toilette de toute la journée. Ou sont bien passe les 6 litres d’eau ?

Il y a une curieuse humidité dans ce désert. Quelques gouttes se mettent même à tomber exceptionnellement. Croyant halluciner, je danse sous la pluie, mais c'est quelques pauvres larmes ne sont pas rafraichissantes. Je ne distingue plus sueur et pluie chaude. Les deux ne sentent l’air et le sable surchauffé. Les curieux rickshaws indiens observent encore un hawaya – un blanc – tombé sur la tête dans leur enfer, puis se propulsent sur moi afin de me sauver du « non déluge » et se gagner une course. Je me fais plaisir et je monte a bord du premier tricycle direction le Ministère de l’intérieur. C'est le seul endroit ou je pourrais obtenir le fameux permis pour prendre des photos. Il est déjà 15h et donc je me fais peu d’illusion pour trouver ces messieurs du ministère encore au bureau en train de paresser. Ils sont rentrés chez eux depuis belle lurette. Les heures d’ouverture des administrations sont 9-12 pour les plus zélés. Cependant il est rare de trouver quelqu'un arriver avant 10h vu que le petit déjeuner – qui ne peut se prendre avant 9h- est une tradition et une cérémonie.

De toute façon, le rickshaw avait une tête rondelette et sympathique et donc je me disais que de faire un tour en ville me changerai les idées et je pourrais ainsi photographier des yeux ce chaos désertique. Après 45 minutes de slalom dans les rues sablées et décorées d’arbres à plastique, j’arrive devant le ministère. Quelques gardes de sécurité font la sieste devant le bâtiment qui peine à tenir debout. C'est mon seul repère car tout est écrit en arabe. L’un des gardes sourit en dormant, il a presque l’air mignon dans son uniforme. Une passante lui donne un coup de pied. Ebahi, je la regarde, et elle me dit dans un anglais approximative que la sieste se fait à la maison et pas devant un ministère. A ma grande surprise les femmes sont plutôt dévergondées au pays d’Omar, contrairement à l’image extrême que je m’en étais faite. Je m’était attendu à des femmes drapées de noir et soumise, et je les trouve colorées avec des mèches qui dépassent dangereusement leur voile – un peu comme au Comores. Elle m’interroge autoritairement sur ce que je veux et ce que je fais ici. Je lui raconte que j’étais venu pour le permis photo et que je voulais visiter les pyramides. « Ah, mais pourquoi n’allez vous pas en Egypte ? ». Elle ajoute « Il fait chaud ici, hein ». Je lui dis que je voulais partir demain et donc j’espérais recevoir un permis aujourd'hui. Elle me scrute d’haut en bas. J'ai des perles d’eaux qui me tombent sur les tongues. Pas rasé depuis quelques jours, j'ai une salle gueule mais « Madame » me trouve sympathique et sans doute courageux. Elle me rétorque « Oui c'est bien ici le ministère mais il faudra revenir demain et inchallah vous auriez un permis la semaine prochaine »…. Mais mais …. Plizzzz, por favor, lutfen, n'y a-t-il pas d’autres solutions ? J'espère avoir un permis pour la session avec les enfants demain pour éviter tout problème ou imprévu. Elle songe quelques secondes et me prie de l’accompagner… un autre coup de pied dans le garde, et elle lui ordonne d’ouvrir la porte, et lui demande ou est le bureau de Monsieur Mohammed Abdah. Obéissant, le sentinelle lui montre le chemin, 3eme porte a droite. Elle entre dans le bureau comme si ce fut le sien. Elle farfouille les tiroirs de l’absent, grogne en arabe et finalement trouve les formulaires. Elle m’ordonne de le remplir rapidement. Je m’exécute et remplit mon nom, prénom, date de naissance, lieux à visiter, et puis jure par ma signature que je ne prendrais pas de photo de ponts, aéroports, bases militaires, lieu « sensible », mendiants, de pauvres, restaurants, de rues dépravées,… bref, je ne peux presque rien prendre en photo a Khartoum. Elle tamponne avec un timbre ou il y a gribouillé quelque chose en arabe. Sceptique, je prends mon parchemin, remercie la grande dame voilée de rose. Je ne saurai jamais qui a été cette bienfaitrice. Cependant il me faut absolument tester mon papelard avant de faire des bêtises. J’essaye de le faire traduire les passages en arabes à un passant, puis une seconde fois a un hôtel sur mon chemin. Tout a bien l’air en ordre. Je m’arrête devant une mosquée qui chante. De nombreux pèlerins s’y reposent. Je relis mon manuscrit et curieusement je ne trouve pas les lieux de cultes comme un interdit. Je vois deux flics paressés devant l’entrée. Poliment je leur dit « Soura, tamam » - photo ok ? – ils sourient et me font signe d’entrer a l’intérieur. J’interprète cela comme un « oui ». Je prends le risque et je sors ma boite à image juste a coté d’eux afin de ne rien faire derrière leur dos et être sur que mon papier n'est pas une mauvaise plaisanterie. Quelques secondes plus tard, le plus grand d’entre eux me met sa grosse main poilue sur l’épaule et sous sa moustache m’engueule en arabe. En sueur je sors mon papier doré. Ses mains moites essayent de lire. Il souri de la même façon qu'il y a 5 minutes et me dit de circuler. Oufff sauvé, mon papelard est un vrai ! Je m’amuse donc a la mosquée à immortaliser ces moments sous quelques yeux ébahies et d’autres amusées des religieux. Cependant, un fidèle a donné l’alerte a un autre sentinelle et je me fait arrêté un 2eme fois en 15 minutes. Cette fois ci il ne veut pas lire mon papier, vu sa rage de voir un « impur » foulé un lieu saint. Première question traduite par adepte barbu qui parle fièrement anglais : pourquoi êtes vous la ?: « je visite ». Ensuite « pourquoi prenez vous des photos ?: « Je visite et je veux montrer a ma famille la belle mosquée». Ensuite « alors, si vous êtes mariés, ou est votre femme ? » : « a la maison ». Ensuite « c'est bien, mais êtes-vous musulman ?» : « oui monsieur », je m’hasarde. Ensuite « très bien, mais avez-vous un permis ? ». « oui monsieur, je l’ai déjà montrer »….Ensuite « circulez et bon sejour »…. Oufff mon permis est bien un bon…. Un gentil vieille homme vient me servir un thé chaud après notre conversation et puis disparait dans la mosquée.

Maintenant le permis en poche, autre priorité de cette première journée soudanaise était de confirmer la visite de l’école. Les enfants sont en vacances depuis un bon mois, mais un imam Suffi a réussi à rassembler son petit peuple dans les faubourgs de Khartoum autour de notre projet. Convaincu du bien fondé de ma démarche, il a convaincu tous les parents de sa petite communauté de 5000 adeptes d’envoyer leurs enfants à l’école pour participer à nos activités. Sans avoir réussi à recevoir les autorisations gouvernementales, le sage imam et moi-même nous prenions quelques risques. Heureusement, j'ai reçu l’aide d’une italienne qui travaillait comme traductrice au centre « culturel » britannique. Elle a permis cette jolie rencontre avec les enfants de la communauté Suffi d’Almanaz. C'est encore l’heure de la sieste et donc aucun télécentre est ouvert. Heureusement, je tombe sur un charmant petit monsieur dans sa belle djellaba blanche qui me voit un peu désemparé. Il m’offre son téléphone et par l’intermédiaire de son acolyte qui barbouillait un peu anglais, il me confirme la visite demain a 10h a Almanaz. Pas moyen cependant de le convaincre de commencer avant 10h. La chaleur sera étouffante et la lumière écrasante… mais il faudra faire avec. Je me sens rassuré car le rendez-vous avait déjà été annulé deux fois car Ethiopian Airlines a supprimé 2 fois ces vols vers Khartoum en dernière minute… résultats des courses j'ai du passe 4 jours en transit entre les aéroports de Sanaa et d’Addis-Ababa. Inchallah cette fois ce sera la bonne !

Il est temps que je rentre à ma maison soudanaise, il commence a se faire tard et vaut mieux pas se balader le soir par ici. Je me fais arrêter sans raison une 3eme fois – rien de méchant cependant.

Le vent souffle fort, mes pores sont ensablés. On prévoit une tempête de sable pour demain…j’arrive a chez mon hôte italienne. La mosquée se remet à chanter. Je m’endors épuisé après un bon plat de pates aux olives. Ma mini chambre est tel un four et me réveille au milieu de la nuit. Pas de fenêtre, pas d’électricité, pas d’air-co. Je m’hasarde dans la salle de bain dans l’obscurité. Je rêve d’une douche fraiche, cependant ce n'est que du chaud, du très chaud qui sort de la gueule de la douche. Je me recouche un peu dégouté de mon rêve brisé.

Mes yeux se sont quand même reposés quelques heures, et je me sens d’attaque pour affronter le 52 degrés annoncés aujourd'hui. Je prends à nouveau un rickshaw pour enfin retrouver les gamins. Après une heure de voyage, je fais la connaissance de l’élégant imam. Un charmant grand monsieur drapé de blanc avec un petit chapeau rondelet sur la tête. Souriant, il me souhaite la bienvenue et me présente aux enfants qui ont l’air bien intimidé de voir un hawaya entré dans leur communauté. Le fils de l’imam me sert d’interprète et les sessions peuvent commencer. Tout se passe à merveille. La glace est brisée après les cours créative de photos. Filles comme garçons s’amusent a appuyer sur le déclencheur. Ils rigolent, courent, jouent et s’amusent à faire des créations des plus originales sous un soleil assassin. Moi, je bois, bois et bois. Un demi-litre par demi-heure en moyenne. Je me demande si j'ai battu mon record de 6 litres de la veille.

Après une bonne heure, nous rentrons dans la grande cour ou les enfants m’avaient préparé un petit cadeau… une représentation de chants et danses locales. Afin de mieux pouvoir profiter de leur spectacle, je reçu des raisins violet !!! Ahhhh, un pur délice, je ne pouvais pas rêver mieux pour apprécier leur chant suffi. Après le déjeuner – moi je suis reste aux raisins – les enfants ont repris avec les activités les dessins et de poésies. Pur plaisir et sourire de travailler avec eux…

Le soir je suis invité pour une pendaison de crémaillère d’une anglaise qui venait d’arriver au pays. Une charmante soirée avec un doux mélange soudanais-anglais-canadien. Musique et alcool sont offerts. Je me fais raconté que la semaine passée, un anglais a été surpris dans sa chambre d’hôtel avec une prostitué et une bouteille de vin. La sharia prévoit 140 coup de fouet pour un tel délit. Cependant, il a réussi a négocie a 40 coups de fouet et 1000 USD. Je ne suis pas sur que la sharia prévoit ce genre d’exception. J’évite donc de boire, même si on me dit qu'il n'y a pas de risque de descente dans le quartier. Il faut tout de même que je rentre chez moi plus tard dans la nuit et les taxis sont réputés pour apporter les étrangers aux postes de police afin qu'il passe un alcool test. Mon vol est déjà prévu pour le lendemain et donc j’évite tout problème superflu.

Je fais la connaissance d’un couple de canadien d’origine éthiopienne. Ils sont sur le même vol que moi demain soir vers Addis. Il me propose d’aller voir les fameuses pyramides avec eux demain à 6heures du mat. Ca fait tout de même 800km aller retour, mais je me laisse séduire et après quelques 5 heures de sommeil, on prend la route du grand nord. On se fait arrêter une demi-douzaine de fois, mais le chauffeur est un maitre négociateur et passe a chaque fois sans trop d’embrouille. Après la 250 minutes de traverser du désert, nous arrivons finalement aux légendaires pyramides…. Ma première réaction en les voyant est de penser a ma bienfaitrice voilée de rose qui me dit « ma pourquoi n’allez vous pas en Egypte ? ». La dizaine de pyramides ressemble à un jeu de lego construit par un enfant maladroit. Des ossements de chameaux trainent non loin. On sent qu'une bonne tempête de sable ou en enfant capricieux pourrait tout jeter par terre. On prend quelques photos, on se fait arrêter deux fois et puis on repart vers l’aéroport de Khartoum. La route est meilleure cette fois ci même si on a évité de justesse un accident avec des chameaux sur le bord de la route de sable.

On arrive finalement dans les temps a l’aéroport et après avoir paye mon visa de sortie – eh oui comme la Somalie, le Soudan jouit de cette originalité – j’ouvre mon pc, jouit de l’électricité de l’air co et du Wifi. Je souffle…. Et rêve de l’air frais en Ethiopie…



Anthony
Addis Ababa June, 8th 2008


Back to the travelogue Index

Click to view the calendar
AiA on CNN

© 2006-2010  Art in All of Us / Anthony Asael, Stephanie Rabemiafara | Contact us  |  web design: Dennis Rodie  |  Page Views: 1717992