Nauru Travelogue

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Nauru - visité en septembre 2006

Jour de l’indépendance chilienne, je viens de me faire remettre quelques dessins et poésie par le Président de la République de Nauru. Je suis dans l’avion qui me ramene à Brisbane. Drôle d’histoire ce périple à Nauru… rempli de frustration, de déception et de joie a la fois….. commençons par le début de cette chronique amusante ….

Nauru, un petit îlot perdu au milieu du Pacifique, situé à quelques km seulement de l’Equateur et à quelques milliers de km de Kiribati et des Iles Salomon, ses plus proches voisines. Cette île n’a rien de paradisiaque. Elles a été vidée de ses forêts et coraux et ruinée par une « mauvaise » gestion gouvernementale cette dernière décennie. Une petite catastrophe pour ses quelques 10000 habitants qui se vantaient il n’y a pas si longtemps d’être l’île et le pays le plus riche au monde en PIB par habitant ... grâce à leur réserve de phosphate. Cependant, après quelques « scandales » financiers et le quasi épuisement des réserves de phosphate, il ne reste plus aux habitants que leur jolie maison construite pendant les heures de gloire. Aujourd'hui, l’île est dépourvue de port ou de compagnie aérienne… et tout aussi dénuée d’électricité, d’eau courante ou d’essence. Dur retour en arrière pour toutes les générations qui ont connu la fortune, l’ abondance, mais aussi ceux qui n’ont connu que la misère.

Je craignais un peu aussi cette isolation forcée pendant 8 jours, car seul un vol est affrété par le gouvernement australien tous les 8 jours (et non 7) !!! On m’avait mis en garde contre la criminalité des petits jeunes. J’avais tout de même du mal à y croire car l’île est ruinée, sans une banque pour un territoire de moins de 20km2 … je me demande bien ce que des brigands pourraient voler et surtout où et comment ils pourraient s’enfuir. Autre hic : il n’y a qu’un seul hôtel sur l’île... et dont le modique prix des chambres s’ élève à 100 dollars la nuit ...sans électricité, ni eau… dix fois notre budget.

Hier matin, je fais donc mon check-in au moment où la lune partait se coucher. Les étoiles scintillaient encore sur Brisbane. Rhonda, la prof de l’école australienne où je logais, a bien voulu se lever au milieu de la nuit pour me dropper à l’aéroport. Il fait encore tout noir et coup de théâtre…, j’apprends un peu par hasard que le vol du vendredi est annulé et reporté au mardi suivant …. « si tout va bien ». Dans l’avion ma tête travaille et je ne vois que deux petites options…. Une c'est de passer seulement une nuit a Nauru et repartir le lendemain matin a 9h… ce qui ne me laisserait pas le temps de visiter l’école… et l’autre c'est de rester 8 jours de plus avec le risque d'un nouveau changement qui retarderait encore plus mes connexions et autres rendez vous dans les prochaines écoles… j’opte rapidement pour la première option….

On arrive à Nauru à 15h ... dans les temps… cependant l’aéroport n’attendait pas d’avion avant 16h et donc pas moyen de débarquer…. Quelle étrange confusion pour un aéroport qui accueille moins d’un avion par semaine…. (tous les huit jours)…. Ça annonce déjà la couleur et réduit mon temps précieux. La seule chose que j'avais en main était le nom de l’école et de la prof qui devait nous recevoir ce mardi, mais rien de plus. Les écoles ferment à 13h30 donc plus moyen d’arriver à temps non plus… Je débarque… immigration…. Papier svp …. Autre pépin…. A Nauru il faut donner son passeport au chef de l’immigration et on ne peut le récupérer que 2 jours plus tard au Ministère moyennement le payement de ... 100 dollars. J'ai donc du jouer des mains et des pieds pour trouver une solution et heureusement avec bonne volonté, l’officier me promet de me rendre mon passeport à mon hôtel le soir même. Je devais cependant lui remettre les sous…. N’ayant pas trop le choix, je lui fais confiance et lui file mon passeport et 100 dollars. Je prends mon bagage et cours vers la sortie pour trouver un taxi, tenter ma chance à l’école et peut être trouver quelqu’un qui connaît Joanie Giuba, la prof qui devait m’accueillir…. Cependant, il n’y a pas de taxi à Nauru car il n’y a pas d’essence…. Les quelques voitures qui circulent empruntent le tarmac car c'est la seule route convenable de l’ile. Je me dis qu'il doit quand meme y avoir une navette du seul hôtel… et rien du tout…. Et le temps qui passe qui passe et repasse….

Il ne me reste plus qu’à demander de l’ aide aux quelques passants qui passent. L’aéroport est vraiment en plein milieu du village. Nauru aussi est le seul pays au monde qui n’a pas de capitale. Le Palais présidentiel et le mini parlement (12 parlementaires !!) sont à 20 mètres du tarmac et ressemblent aux préfabriqués de mon école primaire. Les maisons et quelques bouiboui y sont en nombre pas loin de là… c'est vrai qu’avec un avion tout les 8 jours, la pollution sonore est limitée… Tout atterrissage se transforme en joli événement cérémonial où les gamins viennent voir le gros bolide qui plonge du nez.
Mon premier passant était déjà le bon…. Il connaît Joanie…. C'est sa nièce…. Quelle chance !! Plus tard je me rends compte que les mariages en famille sont fréquents par ici… et que toute l’île est divisée en 12 tribus ou familles… J'avais donc au minimum 1 chance sur 12 de trouver quelqu’un de sa famille… J’essaye de lui expliquer en quelques mots mon problème et il décide de m’aider…. Autre chance, il travaille au ministère de l’éducation et peut emprunter la voiture du ministre pour aller jusqu’à la maison de Joanie. Chose dite chose faite…. On part à la recherche de sa nièce qui habite de l'autre coté de l’île. Remplis d’espoir, on frappe à sa porte un quart d’heure plus tard. On ne reçoit que des aboiements en retour ! On décide de tenter notre chance à l’école, peut être qu’elle y est encore pour faire des corrections….. autre espoir déchu…. On va donc au ministère de l’éducation pour essayer de trouver une solution et pour essayer de récupérer mon passeport au ministère de l’intérieur voisin. J'ai très soif, je n'ai toujours rien mangé de la journée ou bu. Dans l’avion on nous RIEN servi en 7 heures de vol. Je prend donc une bouteille d’eau à la cafeteria du gouvernement et rencontre les ministres de l’éducation, de l’énergie, de la sécurité nationale et de l’intérieur. Un joli quartet bon vivant et bon mangeur. Larges comme des taureaux gourmands. Le ministre de la sécurité nationale avait mon passeport en poche et me le remet tout souriant. Une bonne chose de faite ! Ayant toujours la voiture de monsieur le ministre, on essaye encore une fois la maison de Joanie. Ça y est ….. elle nous a entendu cette fois... elle était tranquillement allongée dans le hamac des voisins. On lui explique en sueur nos péripéties et mon départ imminent 14 heures plus tard….. il est déjà 18h30…. Naturellement, elle trouve la solution et suggère de faire la session ce soir…. Chose dite chose faite…. On me remet les clefs de la voiture du ministre et on part pour un long tour de l’île : pendant plus d’une heure on enlève une dizaine de gamins a leur famille pour la soirée. Heureusement, on a un truck américain, rempli de place derrière…. Certains enfants étaient à la douche, d’autres à la rivière, d’autres encore jouaient au foot, chez les copains et d’autres on ne savait pas trop…. Les parents ne se préoccupent pas de savoir ou traînent leurs gamins. De toute façon Nauru est tellement minuscule qu'on les retrouvera facilement. On les pêche un à un, ils grimpent à l’arrière sans la moindre explication au parents. Ils sont libres comme l’air et ont une confiance aveugle envers la prof. Merveilleux ! ils sont aussi drôlement excités d’avoir un cours du soir… J’essaye d’imaginer une situation semblable dans un autre pays…

Ça y est le compte est bon, on peut partir à l’école. On fait encore un dernier crochet chez le Ministre de l’énergie pour lui prier de donner quelques heures d’électricité a l’école afin de développer nos activités.

On a passé 3-4 heures à l’école avec une classe remplie de sourires, de passion et de curiosité. Un pur bonheur. Pour moi, ça faisait plus de 20h que je ne fermais pas les yeux et n’avais rien avaler. Il était minuit passé. La fatigue me gagnait et donc j'ai du clôturer la session malgré la déception des enfants…. Il fallait encore les raccompagner un par un dans un noir effrayant…. Heureusement c'est Joanie qui a pris le volant cette fois…

Je suis arrivé à l’hôtel à 1h du mat… on a bien voulu me donner une petit réduction pour mes quelques heures de sommeil. A 6 h j’etais debout car il fallait quand même que je visite un peu l’île et voie\ le lever du soleil si célèbre ici…. A 7h je fais mon check-in a l’aéroport et puis je repars en stop vers la ville pour remplir mes yeux de derniers petits souvenirs de Nauru. J'ai le sourire mais aussi un peu de peine car je laisse cette petite île pleine de charme que finalement j’aurai bien voulu connaître plus en profondeur. Je crois que ce serait en effet une expérience exceptionnelle de pouvoir rester sur cette petite île oubliée pendant 8 jours, 8 semaines ou 8 mois. Ce sera peut être pour un autre voyage…

Me voila assis dans l’avion, je vais jeter un coup d’oeil aux dessins que monsieur le Président m’a remis. Il est dans le même vol que moi. Joanie voulait me remettre des derniers dessins avant mon départ. Elle a couru mais n’a pas pu me rattraper avant l’embarquement. Comme monsieur le Président était le dernier á embarquer elle a réussi à les lui filer via son frère douanier…. Eh c’ est que le monde est tout tout petit à Nauru.

Anthony
Nauru September, 19th 2006


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