Quelles impressions peut on avoir d´une ville et d´un pays où nous ne restons que 3 jours? Il m´est très difficile de donner des impressions sensées et justes du Liberia, où nous passons si peu de temps, et dont nous ne connaîtrons que Monrovia et les deux villes frontière ou nous entrons (Bo Waterside avec la Sierra Leone) et sortons (Gantas avec la Guinée). Le pays a énormément souffert d une longue et douloureuse guerre civile, dont nous voyons encore les séquelles partout dans la ville : des murs de maison criblés de balles (nous verrons même à Gantas une église dont il ne reste que les 4 murs et la croix, 4 murs complètement couverts d´impacts de balles), des immeubles en ruines, brûles, et qui sont aujourd´hui squattés par des familles entières (on y voit depuis la rue quelques traces de survie : du linge qui pend, du carton collé aux fenêtres etc.…), de nombreux check points à l´intérieur même de la ville, que ce soient ceux des casques bleus (venus des Philippines, du Bangladesh, d´Afrique…) ou ceux de la police locale (ces derniers, plus pénibles, ne servent d´ailleurs bien souvent qu´à racketter les voyageurs et les taxi-brousse… les véhicules des ONG et des UN, eux, passent comme une lettre à la poste, en deux temps trois mouvements).
Ici encore, comme en Sierra Leone, nous sommes surpris de voir comme les gens vivent une vie normale, tournée vers l´avant, le futur, en ayant l´air d´avoir oublié le passé, et les atrocités vécues dans la guerre. Les poèmes des enfants de Child Art Liberia, l´école d´arts plastiques que nous visitons, témoignent bien de leur confiance en l´avenir, de l´espoir qu´ils mettent dans leur pays, ainsi que dans la nouvelle présidente fraîchement élue : Ellen Johnson Sirleaf. Ici, les gens qu´on croise semblent à première vue contents des résultats des élections, et attendent beaucoup de ce mandat.
Fatoh, directeur de Child Art School Liberia, nous explique que pour les enfants, la peinture a été un excellent moyen de se libérer des traumatismes vécus durant la guerre : au tout début, ses élèves ne dessinaient et ne peignaient que la mort, la guerre, des armes etc.… tandis qu´aujourd´hui, ils peignent de jolies scènes d´une vie revenue à la normale, la vie quotidienne. Blackie, un jeune artiste de 17 ans nous surprend par le véritable cri ou chant d´espoir qui ressort de son poème et de la peinture qu´il nous livre.
Avec Bob (un anglais qui a vécu et travaillé ces 20 dernières années -au moins- en Afrique, entre le Cameroun, l´Ethiopie, la Sierra Leone et le Liberia), country director, de l´ONG hollandaise (ZOA) qui nous loge dans sa guesthouse, nous discutons et refaisons, à défaut du monde, l´Afrique. Il nous raconte entre autres qu´au Liberia il est possible de trouver de nombreux produits américains, auprès des casques bleus du Bangladesh par exemple, qui revendent localement la nourriture en boîte fournie par les UN et à laquelle ils ne sont pas du tout habitués (corned beef, macédoines etc.…). Il nous confirme comme les aides reçues de l´UN ou d´autres organisations sont parfois totalement inadaptées aux besoins locaux, et ne sont parfois que des surplus, des restes dont on ne veut plus en Europe ou aux Etats-Unis. En effet, il est déjà arrivé que les réfugiés reçoivent des centaines de litres de crème solaire (fins de stock des soldats de la guerre du golfe !)… ceux-ci ne sachant trop qu´en faire, l´ont finalement utilisée et revendue comme crème pour le corps (ersatz au beurre de karité)!
Pourquoi ne rester que 3 jours ? Parce que la route est longue et pleine d´imprévus entre Monrovia et Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), où nous attendent pour Noël les enfants d´une association.