C'est à la lumière de la bougie que j’ouvre a nouveau mon petit carnet. C'est à la lumière des étoiles qu'on a cuisiné ce soir. C'est avec les derniers rayons de soleil que j'ai pris ma douche avec l’eau du puits. C'est grâce a l’illumination de la lampe de pétrole qu'on a mangé de l’ugali ce soir. On a est dans le petit petit minuscule village de Kakoi dans la vallée du Rift. Il y règne silence, passibilité et sourire. On a difficile a croire que la vallée entière était embrassée de haine il y a quelques jours encore. Des maisons, des villages, des échoppes ont brulé tel un volcan. Cependant, la lave s’est vite asséchée en roche noir, même si on sent le volcan encore actif. On a eu le temps de voir le carnage de 15 heures de bus qui sépare Kakoi de Nairobi. Ce ne sont que 300 km qui séparé les deux villes, mais l’état lamentable des routes nous oblige à contempler paysage et désastre. Pas moyen de fermer l’œil et pas moyen de lire un livre…. Si on ose succomber a l’un ou l’autre, un saut d’un demi mètre nous rappellera que la route n’a pas été refaite depuis la colonisation anglaise. Nos reins, dos et cou en gardent un souvenir de désolation. Heureusement les paysages des plantations de thé continuent à nous fasciner tout au long du trajet. Curieusement c'est le vert la couleur dominante. J'aurai cru voir le jaune des lions de savane ou le rouge ocre des routes d’Afrique de l’ouest. Un certain moment, je me souviens avoir dit a Steph, on se croirait dans une foret de pin norvégien… Sur la route on voit aussi du sol brulé, décoré de cendres encore fumantes. Cependant, tout a été vite nettoyé, comme si on voulait déjà tiré un trait sur ce triste passé et regarder vers l’avenir. C'est fou comme les gens ont la mémoire courte. Il y a une semaine on se battait a la machette et à l’allumette, et aujourd'hui on nettoie et on replante. Je me souviens déjà de ce sentiment en Sierra Leone il y a deux ans. Cependant, il suffit d’une petite étincelle, une petite déclaration pour quelques forcenés reprennent les armes.
Arrivé a Kakamega (dernière ville avant Kakoi), c'est Hedson qui nous accueille a la descente du bus. On a l’air de deux loques qui sortent d’une traversée de deux ans dans le désert du Sahara. On transpire la poussière et la sueur. Le soleil montre ses derniers rayons sur un grand temple indien rouge sang. La mosquée d’à cote nous rappelle aussi que c'est l’heure de la prière. Avec nos gros sacs de 30kg chacun on se dirige vers une nouvelle gare routière ou il faut prendre un nouveau minibus. On traverse la ville et un marché curieusement bien garnis. On rêve d’une mangue fraiche. On les voit danser devant nous. Elles sont jaunes, rouges et vertes, mais notre état d’épuisement nous empêche d’y succomber. On se console en espérant qu'il y en aura aussi a Kakoi. On monte dans le matatu de 14 places. Comme le veut la tradition, on doit bien être le double dans ce minivan des années 70. Le chauffeur dépasse les 100km/h et après 30 min de route on arrive a l’embranchement. Hedson nous dit qu'on a fait 7 km. Il nous annonce après que le village de Kokoi est a 1 km de la route et qu'on pourrait y aller a pied. Vu ses notions de distance bizarroïde, on prend chacun un bodaboda – un vélo taxi - pour y aller…. On a eu bien raison, car j’estime que ce sont bien 4-5km qui séparent les deux bouts. Il fait déjà nuit. Ce sont donc les étoiles qui éclairent les cyclistes sur cette route défoncé – encore une – de terre sèche. L’électricité n'est pas encore arrivée ici. J’avoue qu’on ne s’y attendait pas trop, et donc on panique un peu car ni nos ordinateurs ni nos appareils photo ne sont complètement chargés. On n’a pas eu le temps non plus de téléchargé nos photos la veille…. Aie aie ca craint pour le lendemain avec les enfants.
On est accueilli par la stupéfiante Rose. Elle nous a trouve sur Google il y a un an. Sa petite école a déjà participe à un programme aia penpal de correspondance avec la Malaisie il y a quelques mois. On s’impatientait donc de connaitre les gamins. Rose vient d’une famille extrêmement pauvre. Par un courage et une volonté hors du commun il a réussi à terminer l’école et ensuite de construire la sienne. Se faisant financer par des petits boulots ou par quelques sous familiaux d’oncles lointains, elle persista dans sa quête d’éducation. Sur sa route, elle rencontra un orphelin ambitieux qui passa par les mêmes difficultés qu’elle. Ensemble ils décidèrent d’aider les enfants des campagnes. Ces gamins sont si souvent abandonnés à leur sort et sont le principal problème de l’exode rural. De leurs mains, ils ont construit un orphelinat et une école qui reçoit déjà 150 élèves de la région. Malgré la rude vie et des moyens précaires, elle a réussi un introduire le concept de « qualité éducation ». Incroyable pour une femme qui a vu pour la première fois une page internet il y a 3 ans… On réalise aussi tout les efforts et sacrifices qu'ils ont du faire pour participer à nos programmes de correspondance. Evidemment, aujourd'hui on les aide financièrement, mais il n'y pas que ca. Le simple bou de papier les aide déjà. Rose nous racontait, le regard émerveillé des élèves et des profs, le jour ou l’école a reçu les dessins d’enfants de Malaisie. Ils n’avaient jamais vu de papier d’une telle qualité, du papier a dessin.
Cependant avec les moyens du bord, ils ont fait un travail formidable, d’une rare qualité en milieu rurale. Ca me rappelle que nous avait dit un gamin d’une dizaine d’années dans un petit village du Sud de l’Egypte. Il voulait qu'on fasse passer le message qu’en milieu rural on trouve aussi des talents et des artistes, cependant très peu de moyen leur sont données afin de les développer. La 60taines d’enfants se sont données a cœur joie a prendre et surtout composés des photos. Leur créativité et imagination nous ont offert des dessins d’éléphants bleus et des pilotes des grands lacs.
Au milieu de la session, la chaleur, la fatigue et sans doute la soif me fait presque tourner de l’œil. Je laisse Steph en plan, et part à la recherche d’une misérable bouteille d’eau. Après quelques minutes de marche je tombe sur les premières échoppes – un tabouret en bois avec un parasol du Mondial ’86. Chacune vend un article. Un coca qui cuit au soleil depuis des mois, le reste du riz de la semaine, des cotons tiges, un ognon et des tomates. Je continue ma marche et je tombe sur 4 nouvelles « boutiques » qui offrent le service « mobile charging ». Aujourd'hui c'était chômage technique…. comme la plupart des jours je suppose…
Je rebrousse chemin, je mange un tomate et coca bouilli. Ca m’a revigoré pour le reste de la journée…. et rejoint Steph et les enfants… Demain ce sera départ pour la prochaine école a Kampala…. Une capitale….