Estonia Travelogue

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Tallin, Estonia - visited in November 2006

Tallinn, ce 21 novembre 2006
Premières impression de Tallinn : la traversée en ferry depuis Helsinki n’était pas intéressante : de l’eau, de l’eau, rien que de l’eau... moi, je m’attendais à un paysage de banquise, à voir la glace se briser sous la coque du ferry... que nenni !!! Pour me mettre quelque chose sous la dent, j’ai quand même récolté quelques premiers clichés sur le bateau : Les estoniens et finlandais adorent la bière,… et le jeu (les bingooooo et sons des machines à sous fusaient de tous cotés) MAIS sont romantiques (eh oui : nous avions un orchestre live, et des quinquagénaires dansant le slow/remixé valse/bal musette, bien enlacés, le tout dans une ambiance bal : tt noir avec les spots de couleurs !)... tout ca rien que sur un seul ferry !
A mon arrivée, j’ai bien galéré pour retrouver Sergei, le contact de CS (CS=www.couchsurfing.com), notre meilleur outil pour loger chez l’habitant. J’arrive à la nuit tombée (il était au moins 15h45 !). Le temps de sortir, trouver le bureau d informations touristiques, acheter une carte de téléphone, trouver le téléphone, appeler Sergei, se fixer rendez vous à 16h30, essayer de comprendre le lieu du rendez-vous (essayez de comprendre « Concert Hall », au téléphone, dans un hall de gare, prononcé en anglais par un estonien d’origine russe !), chercher le Concert Hall en question sur la carte, retourner au bureau d’information touristique, m’informer sur les bus, acheter un ticket de bus chez le marchand de journaux ( 10 couronnes estoniennes –EEK- chez le marchand de journaux, ou 15 EEK dans le bus pour le même ticket... 1 EUR = 15 EEK!!!), sortir, chercher l’arrêt de bus, re-rentrer dans le hall parce que je ne l’ ai pas trouvé, demander où il se trouve, ressortir, trouver l’arrêt à 100m, rouler ma bosse et mon ventre vers l’arrêt (comprendre : mon gros sac à dos avec le matériel, et le petit sac à dos avec les habits sur mon ventre), me poser sur le banc aspergé depuis le matin par une petite pluie fine qui n’a rien à envier à sa célèbre collègue belge, attendre un quart d’heure le bus, me hisser dedans, montrer mon ticket au chauffeur qui hoche la tête et lance un SI ! d’un ton bien rude, m’étaler sur 2 sièges et demi, regarder le paysage en essayant de me repérer sur la carte, me rendre compte qu’il ne suffit pas de montrer gentiment son ticket au chauffeur, il faut aussi le composter, commander à mes jambes de me hisser, me lever, le composter, me rassoir, demander dans le doute à une jeune fille devant moi où je dois descendre ; l’entendre évidemment me dire que c’était cet arrêt-ci, voir désespérément le bus rouler, sans aucun arrêt à l’horizon, sortir du bus, sauter dans un tram bleu dans l’autre sens, demander en anglais (évidemment... pas en estonien, russe ou chinois !) à deux post-ados pré-adultes qui me répondent en estonien (ou en russe ???), descendre du tram bleu avec mes deux sauveuses parce que madame la conductrice ne va pas plus loin, suivre mes sauveuses qui m’amènent presque en courant vers le Concert Hall (autre cliché servi sur un plateau : les finlandais, comme les estoniens ne marchent pas, ils courent !), les remercier, courir à l’intérieur (je n’ai que 20 min de retard), demander en vain Sergei, sortir du concert hall, m’engouffrer à l’Opéra House voisine très chic sous les yeux catastrophés des tout aussi chics ouvreuses, ouvreurs, videurs et garde vestiaire, moi, toute grosse de mes sacs sur le dos et sur le ventre, mon jean degueu et mes grosses chaussures de marche, toute en sueur et échevelée, de nouveau en vain, chercher un téléphone, appeler Sergei, m’énerver sur le téléphone, entendre le téléphone sonner dans le vide, retourner vers l’Opéra House, redemander si ils n’ont pas vu un photographe, sortir, retourner vers les téléphones à l’autre bout du parc, et ... ENFIN, me faire accoster par un jeune qui me demande en anglais si je viens de ... de ... si je viens de Helsinki !

Il est gentil, Sergei. Il est tt jeune : 25 ans, un peu fou! Il fume et aime bien boire (d’après ses dires... en tout cas si je le vois fumer, moi je ne l’ai jamais vu boire que de l eau), MAIS est pratiquement végétarien... drôle de contraste, non ?). Il attend impatiemment l’arrivée d émigrés à Tallinn, pour ... qu’ils ouvrent des fast Food chinois, indiens, turcs etc. (il faudrait filer l’argument à Ségolène et Bayrou, contre Sarkozy et Le Pen). Il est journaliste-photographe-reporter, a travaille tour à tour à la TV, dans une agence de pub, dans le bâtiment (juste pour rigoler et se muscler), et maintenant pour un journal russophone. Il habite au 9ème étage d’une cité-dortoir (« sleeping area »), comme ils les appellent ici, en périphérie du centre. Dès que tu sors du centre (effectivement très petit) de Tallinn, ce sont des kms et des kms de paysage soviétique : des HLM à tout bout de champs, parfois gris, parfois blanc sale, parfois rouge brique). Plus aucun arbre. MAIS son appart est grand et sympa. Il faut juste ne pas regarder dehors.
D’ailleurs ce matin, quand je suis sortie vers l’école, j’ai ressenti une grande tristesse d’hiver, encore pire ici vu le paysage très triste ! Les gens ne font pas du tout attention à l extérieur ici, mais les intérieurs sont très colorés : l’appart de Sergei et sa copine : 3 pièces, faisant bien ses 100 m2 (à 25 ans, ils sont déjà endettés sur 25 ans pour acheter cet appart) est décliné en : bleu marine, rouge, orange (ces trois couleurs bien pétantes, surtout pas fadasses ou raplapla), avec un hall d entrée avec du papier peint type années 60. L école, elle aussi était très lumineuse, avec des classes assez colorées.
Ce matin la visite de l’école s’est bien passée. HEUREUSEMENT qu’elle est vraiment tout prés de l appart de Sergei... je me serais à nouveau complètement perdue si j’avais du me rendre ici toute seule depuis le centre. Tous les quartiers en dehors du centre ont la même ascendance soviétique, et par conséquent sont quasi identiques.
C’était une école un peu différente cette fois. Il n’y avait que 9 enfants (1 était malade), avec des handicaps moteurs différents. Ca fait quand même mal au cœur de voir des tout petits bouts de choux dans des immenses chaises roulantes ou mécanisées, ou se déplacer avec les trépieds comme pour les vieux. Mais ce qui est magnifique c’est que eux ne semble pas trop s’en faire ...
Ils sont sans doute plus sensibles et on besoin de plus d’amour ? Et d’attention, mais ils sont super. Et quand ils sont contents, ca explose ;-)
Petite anecdote amusante : en Estonie il n y a pas beaucoup de blacks et je me sens dévisagée dans la rue... et pourtant dans le genre noir, on fait plus foncé ! Comme je sens le regard des gens, je me demande toujours si je n’ai pas un truc qui cloche sur mon visage ! Une des élèves ce matin s’est carrément levée de sa chaise et s’est jetée sur moi pour examiner comment mes mains étaient faites, les doigts, le bout des ongles, a fait des chatouilles etc. et puis s’est exclamé : dis donc, tu es drôlement foncée, toi alors !

Tallinn, ce 23 novembre 2006
Il fait tout gris et froid ce matin, la petite pluie fine belge, qui avait fort heureusement cessé durant mes 2 jours sur place vient de reprendre. Il est temps de partir ! Hier j’ai passé quelques belles heures à sillonner la vielle ville. . Les points de vue du haut des petites collines donnent de très jolies vues sur les toits de la vieille ville, avec le contraste de l’architecture soviétique et des immeubles modernes en background). C’est la plus grande cité médiévale d’Europe de l’est à être encore debout. Très jolie, pittoresque. Ils font tout pour garder ce coté médiéval : enseignes, rues pavées, town hall, racoleurs de restaurants déguisés, restaurants à style médiéval etc. Mais c’est vrai qu’on en fait vite le tour !
La vue sur les toits de la vieille ville est splendide. Les toits arborent des couleurs rouge-orangées, et les clochers des églises sont pointus, fins ou ronds ; chacun tentant de percer le gris quotidien et d’attirer l’attention des passants. La skyline est vraiment très jolie... si ce n’est qu’on ne peut pas vraiment la prendre en photos à cause de tous les fils électriques, et câbles de tram qui en gâchent la vue !
Je suis sur le point de quitter Tallinn. Je profite d’une excellente connexion internet dans un mall, en attendant l’heure de prendre le ferry. Je me demande quand une telle facilite et gratuite des communications internet arrivera dans le reste de l’Europe ou du monde ?
Le port n’est qu’a 20 min à pieds du centre ! C est rigolo de prendre le même chemin que le premier bus que j avais pris... tout a l’air si petit et facile quand le paysage, les rues et enseignes sont familiers... que je me demande ingratement comment j’ai fait pour me perdre le premier soir! Mais tout a l’air si froid, différent, inconnu, et immense quand on débarque pour la première fois surtout dans l’obscurité de la nuit si « matinale », qu’on a l’impression que la ville est un ogre qui va vous absorber !).
Une nouvelle expérience couch-surfing ou hospitality-club qui s’avère très bonne. Je ne voyais Sergei que le soir, étant tous les deux dehors la journée, chacun pour son propre business. On a parle de tout et de rien, sans refaire le monde. Il m’a expliqué un peu son pays, la cohabitation des deux cultures : estonienne et russe. L’Estonie, après l’occupation allemande, a été occupée jusqu’en 92 par l’ex-Union Soviétique. Il s’agit donc en fait d’un pays très jeune, aux influences allemandes (dès le moyen-âge), et russes. 30% de la population est russe et parle russe. Le reste est presque entièrement composé d’Estoniens. L’estonien, comme le russe sont langues officielles. J’apprends aussi que si les russes d’ici sont estoniens, les deux communautés ne se mélangent pas complètement, il y a des journaux en estonien, et des journaux en russe, des journaux estoniens traduits en russe ; les russes estoniens ne partagent pas les traditions culinaires estoniennes.
J apprends même qu’il existe 2 passeports : un passeport estonien, et un passeport pour ceux « qui ne sont rien ». En effet, les estoniens russes commencent par avoir ce dernier passeport (qui n’est de presque aucune utilité : les pays étrangers ne le connaissent pas, et ils ont besoin de visas pour tous les pays, y compris pour la Russie). Ils peuvent postuler pour un passeport estonien, en passant un test de compréhension écrite et orale ! Ca me parait complètement aberrant, étant donné qu’il s agit du même pays, qu’ils y sont nés et qu’ils en sont citoyens. Un peu comme si il y avait des citoyens de classe A et des citoyens de classe B. Comme si en Belgique il y avait un passeport wallon, un passeport flamand (les deux ne donnant presque aucune facilité de voyage), et un passeport belge européen, pour l’obtention duquel il faudrait passer un test d’aptitude au flamand (pour les wallons) et au français (pour les flamands). Mais peut être est-ce la clef vers un vrai bilinguisme, finalement ?
Les estoniens russes sont réellement à cheval sur deux cultures, partageant un peu des deux, sans vraiment faire partie d aucune : ils sont considérés comme étant russes par les estoniens, et estoniens par les russes. Il est grand temps pour ce pays et sa population locale que les émigrés du monde entier débarquent... ca aiderait sans doute à ce que les deux communautés se soudent, pour paraitre enfin une et forte face au flot de cultures arrivant, et pour éviter que la leur ne se perde complètement!

Stephanie
November, 23rd 2006


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